GEASE : le guide pratique !

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Le Groupe d’Entraînement à l’Analyse de Situations Éducatives (GEASE) est une méthode d’analyse des pratiques professionnelles (APP) qui permet d’explorer une situation éducative ou professionnelle complexe. Une personne raconte une expérience vécue ; le groupe questionne, explore et formule des hypothèses. L’objectif n’est pas de donner des conseils, mais de mettre au jour ce qui s’est joué pour mieux l’éclairer.

Dans les métiers éducatifs, sociaux, sanitaires ou pédagogiques, les situations de terrain s’expliquent rarement par une cause unique. Un élève qui décroche, un groupe qui résiste, un stagiaire qui se ferme, une équipe qui se tend : derrière ce qui est visible se mêlent souvent plusieurs dimensions.

Le GEASE permet justement de « déplier » ces différentes dimensions. En croisant les regards, il aide à dépasser les premières interprétations et à faire émerger de nouvelles hypothèses de compréhension.

Dans cet article, découvrez cette méthode encore peu connue, son fonctionnement et ce qui en fait un outil particulièrement puissant pour les acteurs de l’éducation.

TL;DR

Le GEASE est un dispositif collectif d’analyse de situations professionnelles. Il repose sur un cadre rigoureux, un déroulement structuré en étapes clairement définies et une analyse conduite selon cinq niveaux. Exigeant et normé, il vise à accompagner le développement professionnel des enseignants, des formateurs et, plus largement, des professionnels de l’éducation, en favorisant la réflexivité collective, la prise de recul et la construction de nouvelles pistes de compréhension et d’action.

Qu’est-ce que la méthode GEASE ?

Le Groupe d’Entraînement à l’Analyse de Situations Éducatives, plus connu sous le nom de GEASE est une méthode créée au début des années 1990 à l’université Paul Valéry Montpellier, notamment avec Yveline Fumat et Jean-Bernard Paturet. Elle s’inscrit dans la grande famille de l’Analyse des Pratiques Professionnelles (APP).

Et possède deux spécificités qui en font une méthode à part :

  1. L’analyse de situations éducatives. Le GEASE est né pour travailler spécifiquement des situations vécues dans l’enseignement, la formation, l’éducation spécialisée, l’animation ou l’accompagnement éducatif.
  2. La multiréférentialité : cette approche repose sur le postulat qu’une situation ne peut être pleinement comprise qu’en étant analysée à travers plusieurs prismes.

⚠️ Attention : la méthode ne vise pas à apporter une solution immédiate (ce qui peut parfois être déstabilisant, voire décevant, pour certains professionnels). Elle cherche avant tout à construire une compréhension plus fine des situations professionnelles.

Présentation du dispositif GEASE

Un GEASE réunit un groupe de pairs autour d’une situation rapportée par l’un des participants dans le but de l’analyser collectivement.

Repère Format conseillé
Objectif Analyser une situation éducative ou professionnelle complexe
Public cible Étudiants en formation initiale, apprenants en alternance, enseignants, formateurs, éducateurs, animateurs, professionnels du soin ou de l’accompagnement
Nombre de participants 10 à 15 personnes
Durée 1h30 à 2h par séance
Fréquence Séance ponctuelle pour découvrir, cycle de 3 à 6 séances pour installer une vraie dynamique
Disposition Cercle de chaises, sans table
Prise de notes Évitée pendant les échanges, pour préserver l’écoute
Situation travaillée Cas réel vécu, ou cas froid pour débuter
Rôle de l’animateur Tenir le cadre, protéger l’exposant, faire explorer les axes d’analyse
Rôle de l’exposant Présenter une situation vécue, puis écouter les questions et hypothèses
Rôle du groupe Questionner, explorer, formuler des hypothèses de compréhension
Règle centrale On analyse la situation, pas la personne

Les 3 rôles

Le GEASE repose sur trois rôles complémentaires :

  • L’exposant partage une situation professionnelle vécue.
  • Le groupe l’explore par le questionnement et la formulation d’hypothèses.
  • L’animateur garantit le cadre, le déroulement et la régulation des échanges.

Pourquoi faire des Groupe d’Entraînement à l’Analyse de Situations Éducatives ?

D’une manière générale, les professionnels de l’éducation, de la formation, du soin ou de l’accompagnement travaillent avec de l’humain. Par conséquent, ils travaillent avec de l’incertain, des affects, des contraintes institutionnelles et des situations qui débordent le cadre prévu.

De ce fait, faire des GEASE, c’est créer un espace pour analyser cette complexité sans laisser chaque professionnel seul avec ce qu’il vit.

Un outil de formation initiale

Pour commencer, avec des étudiants ou des apprenants en alternance, le GEASE permet de partir de situations concrètes rencontrées sur le terrain. L’apprenant ne reste pas dans l’abstrait : il apprend à relire une expérience professionnelle et à développer son analyse ainsi que les bonnes pratiques métier.

Un espace de développement professionnel collectif

D’autre part, auprès de professionnels, le GEASE devient un espace de réflexion collective. Le groupe aide chacun à questionner sa pratique, sortir de ses automatismes et voir ce qu’il ne voyait plus.

Un soutien au bien-être au travail

À cet égard, cet espace permet de mettre en mots des situations professionnelles qui laissent parfois seul avec ses questions ou ses doutes.

En suspendant l’action, l’expérience est mise à distance, partagée et analysée collectivement. Ainsi, chacun (re)découvre que ses questionnements sont souvent partagés.

À retenir

Essentiellement, faire des GEASE, c’est à la fois former à la réflexivité, soutenir le développement professionnel et offrir un espace collectif où les situations difficiles peuvent être déposées, questionnées et analysées sans jugement.

Les 5 étapes de la méthode GEASE

La méthode GEASE est régie par une structure précise, conçue pour garantir une exploration des situations dans un cadre sécurisant, tant pour la personne qui expose son expérience que pour l’ensemble du groupe. Ce n’est donc pas une discussion libre assortie de quelques règles de bienveillance : chaque étape a une fonction et permet d’analyser une situation éducative ou professionnelle sans basculer trop rapidement dans le conseil, le jugement ou la recherche de solutions.

1️⃣ Poser le cadre

Premièrement, l’animateur rappelle les règles : confidentialité, écoute, non-jugement, respect du récit et droit de ne pas répondre. Le principe central est clair : on analyse une situation, jamais une personne.

Deuxièmement, le cadre précise les engagements du groupe : présence, ponctualité, dates du cycle et règles de prise de parole. Cette sécurité collective permet à l’exposant de partager une expérience réelle, sans avoir à se justifier ni à présenter une version « acceptable ».

En effet, le GEASE s’inscrit dans un cycle de séances : la régularité installe la confiance et développe progressivement la qualité du questionnement et la réflexivité du groupe.

Disposition de la salle

À savoir, installez le groupe en cercle, sur des chaises et sans table au centre. Cette configuration réduit les barrières, facilite les échanges et place chacun dans une même posture : visible, disponible et à l’écoute.

2️⃣ Présenter une situation vécue

À cette étape, un participant expose une situation concrète. Elle doit être située, vécue, encore un peu problématique. Pour choisir la situation, l’animateur peut organiser un tour de table très court : chacun présente en une minute un cas qu’il aimerait travailler. Le groupe choisit ensuite la situation.

En général, le récit dure souvent 5 à 10 minutes. Naturellement, il est incomplet. C’est normal : l’exposant raconte depuis son point de vue, avec ses oublis, ses émotions, ses angles morts.

À noter : ce premier récit est déjà un début d’analyse. En parlant, la personne trie, ordonne, met des mots sur ce qui était encore confus.

Pro tip

Il est bon de commencer par un cas froid quand le groupe découvre le GEASE. En effet, le cas froid permet de comprendre la mécanique sans exposer immédiatement une situation personnelle. Le groupe se familiarise avec les étapes, le questionnement, les hypothèses, la grille d’analyse. Il entre dans la méthode sans charge affective trop forte.

3️⃣ Explorer sans juger

Dès lors, le groupe pose des questions de clarification. Pas des conseils. Pas des interprétations. Pas des « pourquoi tu n’as pas… ? » qui sonnent comme un reproche.

À ce propos, les bonnes questions cherchent à comprendre :

  • que s’est-il passé avant ? ;
  • qui était présent ? ;
  • quelle consigne avait été donnée ? ;
  • quelles contraintes pesaient sur la situation ? ;
  • qu’est-ce qui était attendu par l’institution ? ;
  • comment le groupe a-t-il réagi ?

Manifestement, cette phase est souvent la plus complexe, surtout lors des premières séances, mais aussi l’une des plus formatrices. Elle apprend au groupe à enquêter avant de conclure.

4️⃣ Formuler des hypothèses

Par suite, une fois la situation clarifiée, le groupe formule des hypothèses de compréhension. L’exposant écoute sans se justifier ni répondre point par point. Le groupe propose plusieurs lectures possibles : psychologique, collective, institutionnelle, didactique, pédagogique.

Règle clé

Par définition, une hypothèse n’est pas un conseil. Dire « il faudrait poser un cadre plus ferme » ou « j’aurais fait comme cela » sont des conseils. Dire « je fais l’hypothèse que le cadre n’était pas assez explicite pour le groupe » ouvre une piste d’analyse.

5️⃣ Redonner la parole à l’exposant

Finalement, l’exposant reprend la parole. Il dit ce qu’il retient, ce qui résonne, ce qui ne lui parle pas, ce qui déplace son regard. Il peut aussi ne presque rien dire : parfois (souvent même!), le vrai travail se fait après, quand la personne repense à la situation autrement.

Tableau récapitulatif des 5 étapes du GEASE

Étape Déroulement
1. Poser le cadre Rappeler les règles, les rôles et les engagements du groupe
2. Présenter la situation L’exposant raconte une situation professionnelle vécue
3. Explorer Le groupe questionne pour clarifier, sans conseiller ni juger
4. Formuler des hypothèses Le groupe propose plusieurs lectures possibles de la situation
5. Redonner la parole L’exposant partage ce qu’il retient et ce qui déplace son regard

La grille d’analyse en 5 niveaux

Au cœur du GEASE, la grille d’analyse permet d’examiner une même situation sous plusieurs angles. Elle est notamment mobilisée lors des phases d’exploration et de formulation des hypothèses.

De son côté, l’animateur veille à ce que le groupe explore les différents niveaux afin d’éviter une lecture trop rapide ou superficielle :

Grille d'analyse GEASE : 5 niveaux

Par ailleurs, l’enjeu est de décentrer le regard pour dépasser la première explication et construire une compréhension plus fine de la situation.

Points de vigilance de la méthode GEASE

Le GEASE offre un cadre particulièrement riche pour analyser les pratiques, mais il demande en contrepartie demande quelques précautions.

⚠️ Une démarche qui peut exposer

Présenter une situation difficile devant un groupe n’est jamais anodin. Plus précisément, l’exposant partage un moment où il a pu douter, se sentir dépassé ou simplement ne pas comprendre ce qui se jouait.

Par conséquent, l’animateur doit rester attentif aux dynamiques du groupe, repérer les jugements implicites et intervenir si nécessaire. Le principe reste le même tout au long de la séance : on analyse la situation, pas la personne.

⚠️ Une frustration possible

Le GEASE ne cherche pas nécessairement à apporter une réponse ou à déboucher sur un plan d’action. Son objectif est d’élargir la compréhension et de faire émerger différentes lectures de la situation.

Néanmoins, cette approche peut frustrer les participants qui attendent des solutions concrètes. Aussi bien, mieux vaut donc l’annoncer dès le départ : on cherche d’abord à mieux comprendre avant de chercher comment agir.

GEASE ou codéveloppement : lequel choisir ?

Le GEASE et le codéveloppement se ressemblent : un groupe, une situation, un cadre, une intelligence collective. Toutefois, l’intention n’est pas la même.

Critère GEASE Codéveloppement
Objectif principal Comprendre une situation Aider une personne à avancer
Sortie attendue Hypothèses de compréhension Pistes d’action
Place du participant Il écoute beaucoup Il interagit davantage
Risque Frustration si on attend des solutions Conseil trop rapide si le cadre est faible
Public idéal Professionnels réflexifs Groupes qui veulent du concret rapidement

Les deux méthodes sont pertinentes, en fonction des contextes, des objectifs et du niveau d’expérience des participants. On aura tendance à privilégier le codéveloppement lorsque le besoin porte sur l’action et la recherche de pistes concrètes, tandis que le GEASE sera particulièrement adapté lorsqu’il s’agit de prendre du recul, d’interroger ce qui se joue dans une situation et de développer une véritable posture d’analyse.

En formation initiale, le codéveloppement peut ainsi être plus rassurant, car il débouche sur des pistes d’action concrètes et répond au besoin de repères de professionnels encore en construction.

En formation continue, le GEASE peut permettre d’aller plus loin dans l’analyse de l’expérience et des pratiques. Il invite à suspendre la recherche immédiate de solutions pour explorer la complexité d’une situation. Une démarche particulièrement féconde, mais qui peut aussi être frustrante pour des professionnels venus chercher des réponses directement applicables.

Comment mettre en place un GEASE ?

Pour intégrer le GEASE dans une formation ou au sein d’un collectif de pairs, allez-y progressivement. Une première séance peut partir d’un cas froid. À cet effet, cela réduit l’exposition personnelle et permet d’apprendre la mécanique : récit, questions, hypothèses, retour de parole. Par la suite, le groupe pourra plus facilement travailler sur des situations réelles.

L’idéal est de garder le même groupe sur plusieurs séances. La confiance ne se décrète pas en une heure et concerver le meme groupe permet de developperr confiance, et dynamique ded groupe.

Repères simples
  • Groupe stable de 10 à 15 personnes ;
  • Séance de 1h30 à 2h ;
  • Règles rappelées à chaque fois ;
  • Animateur formé ;
  • Cas concrets, situés, vécus ;
  • Distinction stricte entre hypothèse et conseil.

Le plus important est de garder en tête la finalité du GEASE : ne pas chercher trop vite à résoudre la situation. Si le groupe se précipite vers le « que faire ? », ramenez-le au « que se passe-t-il ? ». C’est là que commence véritablement le travail d’analyse.

FAQ

Que veut dire GEASE ?

GEASE signifie Groupe d’Entraînement à l’Analyse de Situations Éducatives. C’est une méthode d’analyse collective de situations professionnelles, née dans le champ éducatif.

Quelle est la différence entre GEASE et APP ?

L’analyse des pratiques professionnelles est la famille générale. Le GEASE est un dispositif précis d’APP, avec un cadre, des étapes et une grille d’analyse multiréférentielle.

Combien de temps dure une séance GEASE ?

Une séance de GEASE dure souvent entre 1h30 et 2h. Certains formats institutionnels l’intègrent dans une demi-journée avec un temps de formation ou de bilan.

Peut-on utiliser le GEASE en entreprise ?

Oui, si l’on travaille sur des situations professionnelles complexes. On parle parfois de situations professionnelles plutôt qu’éducatives, mais la logique reste la même : analyser avant de conseiller.

Qui peut animer un GEASE ?

Un animateur formé à l’analyse des pratiques, à l’écoute et à la régulation de groupe. Son rôle est de tenir le cadre, protéger les personnes et faire explorer tous les niveaux d’analyse.

Le GEASE donne-t-il des solutions ?

Pas directement. Le GEASE produit surtout des hypothèses de compréhension. Des pistes d’action peuvent émerger, mais elles ne sont pas le cœur du dispositif. Cela peut être frustrant pour un groupe qui attend des solutions immédiates, mais cette frustration fait partie de la méthode.

Sources

  • Donguy, A. (2020). Le G.E.A.S.E. une valeur sûre & Analyse des Pratiques. Le Portail de l’Analyse des Pratiques.
  • EPALE. (2015). Le Groupe d’Entraînement à l’Analyse de Situations Éducatives (G.E.A.S.E.), un outil d’analyse de pratiques précieux pour la formation continue. Commission européenne.
  • Laieb, N. (2010). Apprendre à « geaser » : Le gease, une méthodologie pour appréhender l’analyse de situations éducatives complexes. Les Cahiers Dynamiques, 48(3), 78-83.
  • Perrenoud, P. (2001). Développer la pratique réflexive dans le métier d’enseignant. ESF.
Chloé Leroy

Chloé Leroy

Fondatrice de Cheatcodes Pédago, ingénieure pédagogique et formatrice de formateurs. Je transforme les avancées de la recherche en méthodes qui marchent vraiment sur le terrain.

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