Analyse des Pratiques Professionnelles : tout ce qu’il faut savoir !

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L’analyse de pratiques professionnelles (APP) est un dispositif d’accompagnement qui permet aux professionnels de prendre du recul sur leur pratique, mieux comprendre les situations vécues et faire évoluer leurs façons d’agir. Aujourd’hui incontournable en formation professionnelle et de plus en plus présente en formation initiale, l’APP constitue un levier de développement professionnel, de réflexivité et de qualité de vie au travail.

Elle est particulièrement présente dans les métiers où l’humain est au cœur de l’activité : éducation, formation, management, santé, social, accompagnement ou petite enfance. Mais derrière le terme « APP » se cachent des approches et des dispositifs très différents. Alors, de quoi parle-t-on exactement ?

TL;DR

L’analyse des pratiques professionnelles (APP) est un terme polysémique qui recouvre différents dispositifs tels que : GAP, GEP, GEASE, ou codéveloppement.

Malgré leur diversité, ces dispositifs partagent des invariants : partir d’une situation professionnelle réelle et l’analyser dans un cadre sécurisé, au sein d’un groupe accompagné par un professionnel formé au dispositif, afin de prendre du recul, développer sa réflexivité, faire évoluer ses représentations et ses pratiques, et construire de nouveaux repères professionnels.

Qu’est-ce que l’analyse des pratiques professionnelles ?

L’analyse des pratiques professionnelles (APP) est un dispositif structuré, reposant sur un cadre, des règles, des outils et des principes éthiques. Elle offre un temps spécifique durant lequel des professionnels analysent une situation réelle vécue dans leur travail : une difficulté avec un apprenant, un client ou un collègue, une décision prise dans l’urgence, une tension au sein d’une équipe, une réussite que l’on souhaite comprendre, un écart entre le travail prévu et le travail réel, ou encore une posture professionnelle qui questionne.

La finalité est de mieux comprendre ce qui s’est joué dans la situation et, selon le dispositif, de faire émerger de nouveaux repères, d’autres manières de penser la situation ou de nouvelles pistes d’action.

Qu’est-ce qui est de l’APP… et qu’est-ce qui n’en est pas ?

L’expression « analyse des pratiques professionnelles » ne désigne pas un dispositif unique et stabilisé, mais plutôt une famille de dispositifs dont les contours varient selon les auteurs et les cadres de référence. On peut ainsi y inclure, selon les classifications, les GAP (groupes d’analyse de pratiques), les GEP (groupes d’échange de pratiques), le GEASE, les groupes Balint, ou encore le codéveloppement professionnel. Leur appartenance à l’APP dépend des critères retenus.

Par exemple, si l’on retient une visée avant tout analytique et compréhensive — comprendre ce qui se joue dans une situation plutôt que rechercher immédiatement des solutions —, le codéveloppement pourra être considéré comme un dispositif connexe plutôt que comme une APP au sens strict.

APP et analyse de l’activité : quelle différence ?

L’APP ne doit pas être confondue avec l’analyse de l’activité. L’APP prend principalement appui sur la mise en mots et l’élaboration d’une expérience professionnelle, souvent dans un cadre collectif. L’analyse de l’activité cherche, quant à elle, à étudier plus directement l’activité réelle et ses conditions de réalisation, à partir de méthodes qui peuvent notamment mobiliser l’observation, la vidéo, les traces de l’activité ou l’entretien. Les deux démarches peuvent se rejoindre, mais leurs cadres théoriques, leurs méthodes et leurs finalités ne se confondent pas.

Les critères communs aux dispositifs d’analyse des pratiques

Malgré cette diversité, les dispositifs d’analyse et de réflexion sur les pratiques professionnelles partagent souvent plusieurs caractéristiques communes :

  • Ils partent du réel. On travaille à partir d’une situation vécue, pas d’un cas théorique déconnecté du terrain.
  • Ils créent un espace de recul. La situation est extraite du flux de l’action pour être regardée autrement.
  • Ils mobilisent un tiers ou un groupe. Le professionnel n’analyse pas seul dans sa tête : il bénéficie du regard des autres, de leurs questions, de leurs hypothèses.
  • Ils reposent sur un cadre sécurisé. Confidentialité, non-jugement, écoute, respect de la parole : sans sécurité, les participants ne disent que ce qui est présentable.
  • Ils visent la professionnalisation. L’objectif n’est pas seulement de « parler de ce qui s’est passé », mais de développer des compétences, des repères et une posture réflexive.
  • Ils travaillent autant les actions que les représentations. Une pratique, ce n’est pas seulement ce qu’on fait. C’est aussi ce qui nous fait agir comme ça.

Qu’est-ce qu’une pratique professionnelle ?

Une pratique comporte deux dimensions:
1️⃣ D’abord, ce qui est visible : les gestes, les paroles, les conduites, les décisions, les réactions.
2️⃣ Ensuite, ce qui oriente l’action : les objectifs, les stratégies, les normes, les valeurs, les croyances professionnelles, la conception du travail bien fait.

Analyser une pratique, ce n’est donc pas seulement décrire ce qui a été fait. C’est aussi comprendre ce qui a guidé ce qui a été fait.

Deux types d’approches possibles

Approche compréhensive

Objectif : Comprendre ce qui se joue

L’approche compréhensive vise d’abord à comprendre ce qui se joue dans une situation professionnelle : enjeux relationnels, émotionnels, organisationnels, représentations, dilemmes, posture.

Le but n’est pas de trouver tout de suite une solution, mais d’élargir la lecture de la situation.

Exemples : GEASE, certains GAP, groupes Balint.

Approche pragmatique

Objectif : Produire de l’action

L’approche pragmatique / orientée action vise davantage à faire émerger des pistes d’action pour aider un professionnel à avancer sur une problématique concrète.

On analyse, mais avec une finalité plus opérationnelle : que peut-on tester ? quelles options ? quelle prochaine action ?

Exemples : codéveloppement professionnel.

⚠️ Attention

L’approche compréhensive peut parfois s’avérer frustrante pour les professionnels qui cherchent des réponses et que le dispositif utilisé est compréhensif. Il est donc important d’être clair dès le cadre pour éviter cette déception.

À quoi sert l’analyse de la pratique professionnelle ?

L’analyse de la pratique professionnelle permet aux professionnels de développer des grilles de lecture pour mieux comprendre les situations auxquelles ils sont ou seront confrontés. En apprenant à examiner ces situations sous plusieurs angles, ils enrichissent progressivement leur capacité d’analyse et leurs repères pour agir. Ce développement professionnel se joue à trois niveaux.

Niveau Bénéfice pour vous Exemple
Collectif Le groupe apprend à analyser les situations ensemble et construit des repères communs Des formateurs analysent ce qui se joue face à un groupe passif
Individuel professionnel Chaque professionnel prend du recul sur sa posture et affine ses critères d’action Un manager repère qu’il évite systématiquement les recadrages difficiles
Métier Le collectif questionne ses normes, ses pratiques et sa conception du travail bien fait Une équipe redéfinit collectivement ce qu’elle considère comme une intervention réussie
Les trois niveaux de développement de l'analyse des pratiques professionnelles : collectif, individuel professionnel, métier

Pour les structures, l’APP permet de soutenir le développement des compétences à partir du travail réel, plutôt que d’ajouter une formation descendante déconnectée des situations rencontrées.

À l’échelle d’une équipe, elle contribue aussi à rompre l’isolement. Des dilemmes souvent vécus seul deviennent discutables collectivement, créant du lien et des échos.

Les principaux types d’analyse de pratiques professionnelles

Il existe de nombreuses formes d’APP. Pour les acteurs de la formation, de l’éducation et de l’accompagnement, quatre dispositifs sont particulièrement intéressants : le GAPP, le GEASE, le GEP et le codéveloppement professionnel.

Dispositif Définition Objectif principal Public cible Sortie attendue
GAPP
Groupe d’Analyse de Pratiques Professionnelles
Un participant expose une situation professionnelle vécue, que le groupe analyse avec l’accompagnement d’un animateur formé. Comprendre ce qui s’est joué, déplacer le regard et faire émerger d’autres lectures de la situation Équipes souhaitant travailler en profondeur sur des situations complexes Hypothèses de compréhension, nouvelles lectures
GEASE
Groupe d’Entraînement à l’Analyse de Situations Éducatives
À partir d’une situation vécue, le groupe questionne, explore et formule des hypothèses pour mieux comprendre ce qui se joue aux différents niveaux : relationnel, pédagogique, institutionnel, individuel ou collectif. Analyser une situation éducative avec un protocole très structuré Enseignants, formateurs, éducateurs et professionnels de l’accompagnement Hypothèses multiréférentielles, compréhension fine
GEP
Groupe d’Échange de Pratiques
Format plus souple centré sur le partage entre pairs. Les participants échangent leurs expériences, difficultés, façons de faire et outils. Mutualiser les pratiques et construire des repères professionnels communs Équipes et collectifs professionnels Partage d’expériences, pratiques mutualisées
Codéveloppement
Codéveloppement Professionnel
Un participant apporte une problématique. Le groupe l’aide à la clarifier, questionne, partage des pistes et ressources, puis le participant identifie les actions qu’il souhaite mettre en œuvre. Aider une personne à avancer sur une problématique concrète Managers, RH, formateurs internes et collectifs métiers Pistes d’action concrètes

Le GAPP : groupe d’analyse de pratiques professionnelles

Le GAPP est le format le plus directement associé à l’APP. Un participant expose une situation professionnelle vécue, que le groupe analyse avec l’accompagnement d’un animateur formé. L’objectif est de comprendre ce qui s’est joué, déplacer le regard et faire émerger d’autres lectures de la situation, sans chercher immédiatement une solution. Il est particulièrement adapté aux équipes qui souhaitent travailler en profondeur sur des situations complexes et développer leur réflexivité.

Le GEASE : une méthode structurée d’analyse des situations éducatives

Le GEASE (Groupe d’entraînement à l’analyse de situations éducatives) est particulièrement adapté aux enseignants, formateurs, éducateurs et professionnels de l’accompagnement. À partir d’une situation vécue, le groupe questionne, explore et formule des hypothèses pour mieux comprendre ce qui se joue aux différents niveaux : relationnel, pédagogique, institutionnel, individuel ou collectif. Sa particularité est son protocole très structuré, qui organise l’analyse en plusieurs phases et évite de basculer trop rapidement vers la recherche de solutions.

💡 À savoir

Le GEASE peut être considéré comme une forme spécifique de GAPP, historiquement destinée aux professionnels de l’éducation, avec une méthode très structurée organisée autour de cinq niveaux d’analyse.

Le GEP : groupe d’échange de pratiques

Le GEP (groupe d’échange de pratiques) est un format plus souple, centré sur le partage entre pairs. Les participants échangent leurs expériences, difficultés, façons de faire et outils afin de mutualiser les pratiques et construire des repères professionnels communs. Sa limite : sans animation suffisamment structurée, il peut rapidement devenir une discussion générale ou un simple partage de conseils.

Le codéveloppement professionnel : de l’analyse vers l’action

Le codéveloppement professionnel repose également sur un groupe de pairs, mais avec une orientation plus forte vers l’action. Un participant apporte une problématique. Le groupe l’aide à la clarifier, questionne, partage des pistes et ressources, puis le participant identifie les actions qu’il souhaite mettre en œuvre. Selon les définitions, le codéveloppement est considéré comme une forme d’APP au sens large ou comme un dispositif connexe. Sa visée est généralement plus pragmatique et orientée vers l’action.

Focus

Intervision et supervision, est-ce de l’APP ?

L’intervision et la supervision peuvent mobiliser l’analyse des pratiques sans pour autant relever systématiquement de l’APP au sens strict. La supervision peut être individuelle ou collective et poursuivre des finalités plus larges. L’intervision repose quant à elle sur l’analyse entre pairs, généralement sans animateur extérieur. La frontière dépend donc des critères retenus : objet analysé, cadre, méthode, rôle du tiers et finalité du dispositif.

Comment se déroule une analyse de pratiques professionnelles ?

Le déroulement varie selon le dispositif choisi. Un GEASE, un GEP, un GAPP ou une séance de codéveloppement ne suivent pas exactement les mêmes étapes. On retrouve néanmoins une structure commune.

L’animateur commence par poser ou rappeler le cadre : confidentialité, non-jugement, écoute, respect de la parole et droit au silence. Une situation professionnelle concrète est ensuite présentée par un participant : ce qui s’est passé, les personnes impliquées, le contexte, les contraintes et les éventuelles difficultés rencontrées.

Vient ensuite le temps du questionnement et de l’analyse collective. Selon le dispositif, le travail sera davantage orienté vers la compréhension de ce qui s’est joué ou vers la recherche de pistes d’action. Enfin, un temps de retour réflexif et de métacognition permet à chacun d’identifier ce qu’il retient de la séance : prises de conscience, nouvelles représentations, apprentissages ou pistes pour sa pratique.

À noter

L’APP ne s’arrête pas nécessairement à la fin de la séance. Une partie du travail se poursuit après coup. Les échanges continuent à « infuser », certaines prises de conscience émergent plus tard et de nouveaux liens se construisent progressivement avec les situations rencontrées sur le terrain.

Qui peut animer une analyse des pratiques professionnelles ?

Bien que ça ne soit pas toujours le cas, l’APP sont des dispositifs normés et exigeants, qui doivent être animés par une personne formée à la méthode utilisée.

Ce peut être un formateur, un psychologue, un consultant, un superviseur, un médiateur ou un professionnel expérimenté, selon les contextes. Mais le point central n’est pas seulement son métier. C’est sa capacité à tenir le cadre et la structure du dispositif.

L’animateur doit savoir écouter sans juger, poser des questions qui ouvrent, reformuler sans interpréter trop vite, réguler la parole, supporter les silences, empêcher le groupe de basculer dans le conseil immédiat.

Idéalement, il est extérieur au groupe (neutre), surtout lorsque les situations touchent aux tensions d’équipe, à la hiérarchie ou à des difficultés professionnelles sensibles. Si l’animateur est aussi le N+1, le directeur ou la personne qui évalue les participants, la parole sera moins libre. L’APP risque alors de devenir une réunion d’équipe déguisée.

FAQ sur l’analyse des pratiques professionnelles

Qu’est-ce qu’une analyse des pratiques professionnelles ?

Une analyse des pratiques professionnelles est un dispositif qui permet à des professionnels d’analyser des situations de travail réelles pour développer leur réflexivité, leurs compétences et leurs repères métier.

À quoi sert l’analyse des pratiques professionnelles ?

Elle sert à prendre du recul sur les situations vécues, développer des grilles de lecture, transformer les pratiques, construire des repères communs et renforcer l’identité professionnelle individuelle et collective.

Quelle différence entre APP, GEP, GEASE et codéveloppement ?

L’APP est le terme général. Le GEP vise surtout l’échange et la mutualisation des pratiques. Le GEASE analyse en profondeur une situation éducative. Le codéveloppement est plus orienté vers l’action et la recherche de pistes concrètes.

Le codéveloppement est-il de l’analyse des pratiques professionnelles ?

Tout dépend de la définition retenue. Dans une définition large, le codéveloppement appartient à la famille des dispositifs de réflexion sur les pratiques. Dans une définition stricte, centrée sur l’analyse compréhensive, il peut être considéré comme un dispositif connexe.

Qui peut animer une analyse des pratiques professionnelles ?

Un professionnel formé au dispositif utilisé. L’essentiel est qu’il sache poser un cadre sécurisé, réguler les échanges, questionner sans juger et faire émerger la réflexion du groupe.

Combien de séances faut-il prévoir ?

Une séance peut initier la démarche, mais un cycle de plusieurs séances est préférable. La régularité permet d’installer la confiance, d’approfondir les analyses et de produire de vrais effets sur les pratiques.

Sources

  • Altet, M. (2000). L’analyse de pratiques : une démarche de formation professionnalisante ? Recherche et Formation, 35, 25-41.
  • Beillerot, J. (1996). L’analyse des pratiques professionnelles : pourquoi cette expression ? Cahiers Pédagogiques, 346, 12-13.
  • Blanchard-Laville, C., & Fablet, D. (2000). Analyser les pratiques professionnelles. L’Harmattan.
  • Fablet, D. (2004). Les groupes d’analyse des pratiques professionnelles : une visée avant tout formative. Connexions, 82(2), 105-117.
  • Perrenoud, P. (2001). Développer la pratique réflexive dans le métier d’enseignant. ESF.
  • Schön, D. A. (1983). The Reflective Practitioner: How Professionals Think in Action. Basic Books.
Chloé Leroy

Chloé Leroy

Fondatrice de Cheatcodes Pédago, ingénieure pédagogique et formatrice de formateurs. Je transforme les avancées de la recherche en méthodes qui marchent vraiment sur le terrain.

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